Jean Moreau, expert en cellulose nanocristalline

 

La commercialisation d’une nouvelle technologie.

Le Canada est un chef de file mondial du secteur de la nano cellulose obtenue à partir du bois. Des quantités commerciales de cellulose nanocristalline (CNC) peuvent maintenant être commercialisées. J’ai profité de cette chronique pour interviewer Jean Moreau, ex-Président et chef de la direction de CelluForce Inc qui a bien voulu me rencontrer dans un restaurant à Bromont.

 

 

LINDA LORD Depuis 2011, vous avez suivi de près la mise en place de la fabrication et amorcé la phase de pré-commercialisation de la CNC. CelluForce a opéré la plus grande usine  de CNC  et vous avez développé des ententes de développement de produits à travers le monde. Pouvez-vous nous en parler? Comment avez-vous vécu cette expérience?

JEAN MOREAU – L’expérience CelluForce a été un des très beaux projets de ma carrière. La CNC est, à mon avis, un matériau du futur qui, avec de la patience et de la résilience, deviendra un ingrédient clé pour plusieurs produits de consommation. D’un point de vue personnel, cette étape de pré-commercialisation m’a permis de travailler sur des sujets forts enrichissants, j’ai eu aussi l’opportunité de former une équipe extraordinaire, qui ont établi une vision et des valeurs pour lesquelles nous avons vécues et appliquées jour après jour.

L.L. – Quelles sont les phases de lancement d’une telle technologie?

J.M. –  Je n’ai pas la prétention d’être un expert dans le lancement de technologie, mais je peux vous partager mes observations.

Le lancement d’un biomatériau peut se présenter sous 4 étapes distinctes.

  1. Étape de recherche et développement applicative
  2. Étape de démonstration.
  3. Étape de stabilisation
  4. Étape de commercialisation

L.L. – Pouvez-vous élaborer davantage chacune de ces étapes?

J.M. – L’étape 1, celle de recherche et développement applicative, fait suite aux résultats de la recherche fondamentale. Elle met l’accent sur le processus de fabrication, les propriétés du matériau, les applications commerciales potentielles et sur la toxicité du produit. Je la compare à la phase du nouveau-né de 0 à 6 ans où les parents encadrent le nourrisson dans les premières années de sa vie. Dépendant de la complexité technologique, cette étape peut s’étendre de 3  à 7 ans.

L’étape 2, celle de démonstration, permet d’élaborer et de définir le modèle d’affaires de la future entreprise. Avec l’aide de financement adéquat, le produit est fabriqué dans un environnement de démonstration industriel.

La gestion de la propriété intellectuelle est critique dans les 2 premières étapes du lancement. Peu importe la stratégie, elle doit être claire et comprise par les joueurs en place dès le départ.

Je compare cette 2ie étape à l’école primaire où les enfants sont appelés à apprendre et comprendre leur potentiel génétique et former leurs futurs. Durée 4 à 8 ans

L’étape 3, celle de stabilisation, le matériau a développé une personnalité. On connaît beaucoup mieux ses principales propriétés et potentiels. Il est produit sur une base semi-industrielle, en qualité uniforme et en quantité limitée, mais suffisante pour alimenter quelques applications commerciales porteuses.

C’est l’étape de l’adolescence, l’acquisition de connaissance et d’expérience qui doit permettre d’optimiser le processus de fabrication tout en respectant les attentes du marché visé.  Durée 3 à 5 ans

La dernière étape, et non la moindre, est celle de commercialisation. Le produit est prêt pour être lancé et devenir autonome. Les applications commerciales porteuses permettront de faire rouler les infrastructures de fabrication avec la qualité et la quantité industrielle requises. De nouvelles applications pourront apparaître et le cycle de pré-lancement pour chaque nouvelle application reviendra en boucle.

Le bébé est devenu un adulte en créant les retombées espérées pour ses actionnaires, ses employés, ses fournisseurs et la communauté  en général. Durée : le plus longtemps possible !!!

L.L. – Quels seraient les meilleurs conseils à donner aux dirigeants qui visent l’introduction d’une nouvelle technologie? D’une nanotechnologie?

J.M. –  À chaque étape une dose équilibrée de financement, patience, résilience et de la passion à la tonne! et, bien sûr, être contagieux pour propager la bonne nouvelle.

L.L. – Vous avez négocié plusieurs ententes de développement de produits, quels conseils pourriez-vous donner?

J.M. – Toute collaboration comporte des éléments clés qu’il faut bien identifier, en voici 7;

  1. Innovation ; La société collaboratrice doit être choisie pour ses antécédents en innovation. C’est trop facile de se proclamer leader en innovation, ce sont les actions et les résultats qui le détermineront.
  2. Champion ; Le porte-flambeau du projet est clé. Cette personne se doit d’avoir accès aux ressources nécessaires, mais aussi d’avoir le pouvoir décisionnel pour faire rayonner le projet à même son organisation.
  3. Diversification ; Dans le cas où le développement viserait plusieurs applications, il est souhaitable de travailler avec plusieurs sociétés collaboratrices ayant des profils différents. C’est une bonne façon de diversifier le risque, car les priorités de ces sociétés ne sont pas nécessairement les mêmes.
  4. Plan ; Le plan d’attaque se doit d’être le plus précis possible en incluant des étapes clés réalistes, idéalement de petites étapes bien identifiées.
  5. PI ; La création et la gestion de la propriété intellectuelle (PI) doivent être claires. Un modèle de collaboration pure en principe entraînera une PI partagée. Il serait préférable d’établir des bornes qui permettent de définir qui possèdent quoi pour éviter d’être piégé.
  6. Ouvert ou fermé ; Donner accès à la PI ou non sera une décision stratégique importante dans la vie du produit créé. Tesla l’a bien démontré.
  7. Pivoter ; Bien que les objectifs en début de course sont clairs, des imprévues peuvent surgir à tout moment. La capacité de pivoter et de s’adapter est clé et fera la différence entre un succès et un échec.

L.L. – Jusqu’à maintenant, vous avez occupé divers postes de Vice-Président et Président dans de grandes entreprises en contribuant à leur croissance. À ce stade-ci de votre carrière, comptez-vous poursuivre votre contribution à l’essor économique du Québec ? Si oui, comment ?

J.M. – Bien sûr, j’ai encore le désir et l’énergie pour attaquer d’autres projets. Je désire transporter mon bagage d’expérience dans une PME du Québec qui a atteint une certaine vitesse de croisière et qui serait prête à passer à une prochaine étape.

J’ai beaucoup apprécié  mon expérience en technologie verte du côté international, il serait excitant de reprendre ces éléments et de progresser avec une PME et des entrepreneurs de chez nous qui désirent relever de nouveaux défis. Devant un océan d’opportunités, je suis enthousiaste et confiant d’identifier un nouveau projet assez rapidement.

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C’est maintenant votre tour de nous dire ce que vous en pensez. Avez-vous une expérience à partager ou des conseils à donner? Aimez-vous les chroniques sous forme d’entrevue?

Je vous invite à me soumettre vos commentaires,

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